LA
CALLIGRAPHIE SELON MAHMOUD
Olivia Marsaud
Le
Tunisien Mahmoud Gafsia présente à Paris, dans le cadre
de l'exposition " Ecritures ", son travail sur l'abstraction
calligraphique. Il est le seul en Tunisie à utiliser l'écriture
populaire, calligraphie très compliquée mais tellement
belle.
06/01/02 : Mahmoud Gafsia préfère laisser parler ses
uvres. " J'ai du mal à expliquer ce que je fais
", s'excuse-t-il. Pourtant, sa technique, très particulière,
attire le regard. Le Tunisien expose en ce moment, aux côtés
d'autres artistes, quelque-uns de ses tableaux à Paris. Discret
et modeste, il devient plus loquace lorsqu'il s'agit d'évoquer
la lettre et l'écriture arabes qui se trouvent au cur
de sa réflexion artistique. " L'écriture est le
genre de communication la plus indispensable ", explique-t-il.
" On écrit pour laisser des traces. C'est pourquoi je
m'intéresse à tous les vieux papiers qui résument
notre mémoire, notre histoire, comme les contrats de vente
ou de mariage. Ces derniers ont été rédigés
par des gens qui savaient écrire, c'est-à-dire qui transmettent
un message et le présentent bien. Ils essayaient d'acquérir
la plus belle écriture et l'on découvre sur ces papiers
la magnifique structure de la lettre arabe. " Calligraphie populaire
Mahmoud travaille donc sur la calligraphie. Mais ce qu'il écrit
ne veut rien dire. " Les gens qui lisent l'arabe tentent de déchiffrer
mes tableaux mais ce que j'écris n'est pas un texte car ce
qui m'intéresse, c'est la beauté de l'écriture
", insiste-t-il. Comparant l'ensemble d'un texte à une
musique, Mahmoud insiste sur la jouissance que l'écriture procure.
Jonglant avec les formats, il utilise une forme de calligraphie particulière
: la calligraphie populaire. " Je suis le seul en Tunisie à
l'utiliser ", souligne-t-il. " C'est une écriture
tellement compliquée que les Beaux-Arts de Tunis ont renoncé
à l'enseigner. Elle est difficile car chaque lettre a son mouvement
". Sur les actes notariaux qu'il récupère, Mahmoud
tombe parfois sur des signatures qui le chavirent tellement qu'il
tente de les reproduire. Dessin à l'appui, il explique : "
Cette signature de notaire, on ne peut pas la falsifier car elle a
un mouvement particulier, des caractéristiques précises.
C'est un très bon élément plastique que j'ai
transformé en broche en or ". Si on écrit pas on
ne pense pas Travailler sur de vieux textes permet aussi à
Mahmoud de s'inscrire dans un mouvement de conservation du patrimoine
et de la culture de l'écrit : " Ces professeurs ou notaires
n'étaient pas des artistes mais avaient une très belle
écriture. Aujourd'hui, l'écrit décline. Avec
l'arrivée de l'ordinateur, les enfants n'écrivent plus.
" Mahmoud, lui, aime le son du stylo qui glisse sur le papier,
il aime raturer, toucher la feuille, la froisser, la déchirer.
" Si on écrit pas on ne pense pas ", assène
Mahmoud. Avant de préciser : " Enfin, c'est très
personnel ! " Autodidacte car " les Beaux-Arts produisent
peut-être des dessinateurs mais pas des artistes ", il
explore les méandres de l'abstraction calligraphique dans son
atelier de Monastir en Tunisie. Membre de l'Union des plasticiens
tunisiens, il expose dans ce cadre plusieurs fois par an. Sa production,
il n'arrive pas à en vivre (il est notamment animateur-producteur
à la radio de Monastir d'une émission sur les arts plastiques
et d'une autre pour les enfants) est limitée : entre trente
et cinquante tableaux annuels. " J'en vends vingt-cinq en moyenne.
J'en offre et surtout j'en garde cinq-six pour mon petit garçon
Ibrahim. " Une façon de transmettre ce patrimoine calligraphique.
Les uvres de Mahmoud Gafsia sont présentées à
Paris dans le cadre de l'exposition " Ecritures " du 31
décembre 2001 au 12 janvier 2002, de 14 h à 19 h 00.
Communic'Art - Galerie Jardin 18 rue de Gergovie 75014 Paris Contact
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